Transmission de PME

Les 10 questions que me posent les patrons avant de transmettre

Chaque semaine, des dirigeants de PME romandes me posent les mêmes questions, souvent à voix basse. Voici mes réponses, sans jargon et sans brochure. Si vous vous reconnaissez dans l'une d'elles, 30 minutes suffisent pour faire le point sur votre situation.

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1

Combien vaut vraiment mon entreprise ?

Moins que ce que vous espérez, plus que ce que craignez : c'est la réponse honnête dans la plupart des cas. Une PME romande se valorise d'abord sur sa capacité à dégager un résultat sans vous, pas sur son chiffre d'affaires ni sur les années de travail que vous y avez mises.

En pratique, un acheteur part du résultat d'exploitation normalisé des trois dernières années, applique un multiple qui dépend de votre secteur, de la stabilité de vos clients et de votre dépendance personnelle, puis ajuste avec la trésorerie et les dettes. Deux entreprises au même chiffre d'affaires peuvent valoir du simple au triple.

Ce que je regarde en entretien

Vos trois derniers bilans, et surtout ce qui se passe au résultat si l'on retire votre salaire, vos frais personnels et votre présence quotidienne.

2

Dans combien de temps dois-je commencer à préparer la transmission ?

Deux à trois ans avant la date à laquelle vous voulez être sorti. La plupart des patrons s'y prennent six mois avant, souvent après un signal de santé ou de fatigue, et vendent alors dans l'urgence, donc moins bien.

Ce délai ne sert pas à chercher un acheteur. Il sert à rendre l'entreprise présentable : déléguer ce qui repose sur vous, nettoyer les comptes, formaliser les contrats, stabiliser la rentabilité. Un acheteur regarde trois exercices ; ce que vous changez aujourd'hui ne se voit dans les chiffres que dans deux ans.

Ce que je regarde en entretien

Votre horizon réel de sortie, et ce qui vous reste de temps pour que les trois prochains bilans racontent la bonne histoire.

3

Mon entreprise peut-elle fonctionner sans moi ? Comment le savoir ?

Faites le test des trois mois : si vous partiez demain sans téléphone pendant un trimestre, qui signe les devis, qui gère les clients clés, qui décide des achats, qui tient la relation avec la banque ? Si la réponse est « moi » à plus de deux de ces questions, votre entreprise n'est pas encore transmissible : l'acheteur n'achète pas une entreprise, il vous achète vous, et il le sait.

C'est le premier facteur de décote, et aussi le plus facile à corriger si l'on s'y prend assez tôt : un numéro deux, des processus écrits, des clients qui connaissent d'autres visages que le vôtre.

Ce que je regarde en entretien

Qui fait quoi quand vous n'êtes pas là, et depuis combien de temps votre numéro deux, s'il existe, prend des décisions seul.

4

Que vont devenir mes employés ?

Dans une reprise de PME, les employés sont la valeur de l'entreprise, pas une charge à réduire. Un repreneur sérieux les garde : sans eux, il n'a acheté que des machines et un bail. Le droit suisse prévoit d'ailleurs qu'en cas de transfert d'entreprise, les contrats de travail passent au repreneur avec tous les droits qui en découlent.

La vraie question est l'ordre dans lequel vous les informez et ce que vous leur dites. Trop tôt, vous créez de l'inquiétude pendant des mois ; trop tard, ils l'apprennent par la rumeur. Cela se prépare, avec un message et un calendrier.

Ce que je regarde en entretien

Les deux ou trois personnes sans lesquelles l'entreprise ne tourne pas, et ce qui les retient chez vous.

5

Dois-je d'abord en parler à ma fiduciaire, à ma banque, à mon avocat ?

Pas encore, et pas à tous en même temps. Votre fiduciaire connaît vos chiffres, pas forcément ce qu'un acheteur en fera. Votre banque a ses propres intérêts dans l'opération. Votre avocat intervient quand il y a un contrat à rédiger, pas avant.

Commencez par savoir où vous en êtes, en toute confidentialité, avec quelqu'un qui a vu des dizaines de transmissions des deux côtés de la table. Ensuite seulement, vous mobilisez vos conseils habituels avec un plan clair et des questions précises. Vous économiserez des heures facturées et des avis contradictoires.

Ce que je regarde en entretien

Qui est déjà au courant de votre réflexion, et ce que chacun vous a conseillé jusqu'ici.

6

Comment vendre sans que mes clients et concurrents l'apprennent ?

En ne passant pas par une annonce publique. Les plateformes de vente d'entreprises, les mandats de courtage diffusés largement et les webinaires sur « comment vendre ma PME » laissent des traces que vos concurrents et vos clients finissent par voir.

Une transmission discrète se fait en direct, avec un nombre très limité d'interlocuteurs, sous accord de confidentialité signé avant tout échange de chiffres, et avec un dossier qui ne nomme l'entreprise qu'au dernier moment. C'est plus lent à démarrer et beaucoup plus sûr.

Ce que je regarde en entretien

Votre degré d'exposition actuel : ce qui est déjà sorti, et qui doit absolument ne rien savoir avant la signature.

7

Repreneur interne, famille ou acheteur externe : comment choisir ?

Par le prix et par le risque, pas par le sentiment. Un enfant ou un cadre reprend souvent à un prix inférieur et avec un financement plus fragile, mais la continuité est maximale. Un acheteur externe paie en général mieux et plus vite, mais il changera des choses.

La bonne question n'est pas « à qui aimerais-je vendre » mais « lequel de ces scénarios est réaliste pour mon entreprise, dans mon délai, et à quel prix ». Beaucoup de patrons perdent deux ans à attendre une reprise familiale qui ne se fera pas.

Ce que je regarde en entretien

Les candidats que vous avez en tête, leur capacité réelle à financer, et le plan B si le premier scénario échoue.

8

Qu'est-ce qui fait fuir un acheteur sérieux ?

Cinq choses, presque toujours les mêmes : une dépendance totale au patron, un ou deux clients qui font plus d'un tiers du chiffre d'affaires, des comptes qui demandent une heure d'explications avant d'être lisibles, des contrats ou des baux qui ne sont pas au nom de la société, et un prix fixé sur ce que le patron « a besoin » pour sa retraite plutôt que sur ce que l'entreprise rapporte.

Aucune de ces cinq causes n'est fatale. Toutes se corrigent, si l'on a le temps. C'est précisément pour cela que la préparation commence deux ans avant.

Ce que je regarde en entretien

Lesquels de ces cinq points vous concernent aujourd'hui, et par lequel commencer.

9

Combien de temps dure une vente, et qu'est-ce qui la fait traîner ?

Une fois l'entreprise prête et le repreneur identifié, comptez six à douze mois entre les premiers échanges et la signature. Ce qui fait traîner, ce n'est presque jamais la négociation du prix : ce sont les surprises découvertes pendant l'examen des comptes et des contrats, chaque surprise relançant une question, une renégociation, un délai.

Un dossier préparé, où les réponses existent avant que les questions soient posées, divise ce temps par deux et évite que l'acheteur se refroidisse en route.

Ce que je regarde en entretien

L'état de votre documentation : ce qu'un acheteur pourrait demander demain, et ce que vous seriez capable de lui fournir en 48 heures.

10

Que me reste-t-il après impôts ?

Cela dépend d'abord de la forme juridique. En Suisse, le gain réalisé par un particulier sur la vente des actions de sa SA ou des parts de sa Sàrl est en principe exonéré d'impôt, sous réserve de certaines règles, notamment lorsque la société a accumulé des réserves importantes. La vente d'une raison individuelle, elle, est imposée comme un revenu, avec les cotisations sociales, même si un régime allégé existe à partir de 55 ans.

La structure de la vente (actions ou actifs, paiement comptant ou échelonné, rente ou capital) change donc le montant net de manière considérable. C'est un point à faire valider par votre fiduciaire, mais à anticiper bien avant la signature.

Ce que je regarde en entretien

Votre forme juridique, les réserves accumulées dans la société, et ce que vous avez réellement besoin d'encaisser, net, pour la suite.

Vous vous reconnaissez dans l'une de ces questions ?

Prenons 30 minutes, par téléphone ou en visio. Vous repartez avec une réponse franche : votre entreprise est-elle prête à être transmise, et sinon, par quoi commencer. Rien de ce que nous nous dirons ne sort de cet entretien.

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Nicolas Nervi, co-fondateur de Vendre-Entreprise.ch. Plus de 12 ans à accompagner des PME romandes, et aujourd'hui du côté de ceux qui les reprennent.